16 mai 2010

Livre Jeunesse : Pochée de Florence Seyvos



Pochée de Florence Seyvos est un livre auquel je tiens particulièrement. Il est arrivé dans ma vie, deux fois de suite, sans crier gare. La première fois que j'ai eu ce livre entre les mains, j'avais 9 ans, je pense. Il faisait partie de la sélection de livres pour classes de primaire que l'on devait lire dans le cadre d'un concours style "Élisez-moi" (mais je ne me souviens plus du nom du concours à cette époque, il est probable que ce soit toujours le même nom). Comme toujours, dans la sélection de livres, il y a deux catégories : celle des livres avec peu de pages et pleins d'images sur laquelle la majorité des élèves se ruent et celle des livres où il y a pleins de pages et peu d'images que tous les élèves ignorent ou font semblant de ne pas avoir vu. Moi, j'ai toujours eu une prédilection pour la seconde catégorie (une passion qui m'a toujours voulu le doux surnom d'"intello"). Je pense avoir demandé à une amie de ma classe son opinion sur ce livre, elle m'a répondu "C'est triste, je n'aime pas." Ah? Alors, j'ai sûrement du m’emparer de ce précieux livre avec beaucoup de curiosité, puis je me suis mise à le lire. 

Pour le terminer, je pense que j'ai dû mettre une après-midi entière à l'époque!
C'est vrai que le livre est triste, mais il s'en dégage une atmosphère que l'on ne peut oublier ou même que l'on ne doit jamais oublier.

13 ans plus tard, un jour, tout par hasard, j'ai envie de le retrouver, ce livre.

Quatrième de couverture
Il était une fois une tortue du nom de Pochée qui était partie très tôt de chez elle pour vivre comme une grande. En chemin, elle avait rencontré Pouce, son alter ego, avec qui elle était devenue amie. Un jour, Pouce meurt après avoir reçu une pierre sur la tête. Pochée s’écrit alors des lettres qui l’encouragent à survivre… Une variation tout en douceur autour du thème du deuil et de la difficulté à reprendre pied après la mort de l’être aimé. Un récit où tout frémit et où rien n’est dit à demi.

Pochée est une tortue. Elle n'est pas vraiment facile de caractère, mais elle est très sensible sous sa carapace de demoiselle un peu renfrognée. Pochée est partie tôt de chez ses parents, pour vivre comme une grande et sur son chemin, elle rencontre Pouce, une tortue qui devient son alter-ego. 
Leur vie à deux est facile, parce qu'ils sont toujours d'accord sur tout. Mais un jour, Pouce reçoit un caillou sur la tête. Au départ, l'accident fait vraiment rire Pochée, jusqu'à ce qu'elle se rende compte que Pouce est mort. 

Elle passe des jours à ses côtés, jusqu'au moment où la rivière emporte la carapace de son ami au loin. Inconsolable, Pochée s'écrit des lettres, comme si Pouce était vivant, comme s'il voulait soulager la peine de son amie, de là où il se trouve maintenant. Au départ, les journées de Pochée sont rythmées par les demandes du "faux Pouce", entre les moments où noyée dans sa tristesse, notre tortue ne souhaite que disparaître.

Mais en réalité, ces lettres font de la peine à Pochée, car elle sait très bien que Pouce n'est pas l'auteur de ces petites notes. Jusqu'à ce qu'un miracle arrive dans le jardin. Après tout, peut-être que Pouce veille réellement sur notre tortue...

Après cet évènement, Pochée décide de ne plus s'écrire de lettres, de nettoyer sa maison, et reçoit la visite de ses parents, ainsi que celle de Truc, un escargot au caractère complètement opposée à notre tortue. 

Après la visite incongrue de l'escargot, Pochée part en voyage. Sur son chemin, elle rencontre une autre tortue, un hérisson Pépin, et termine son périple dans une caverne remplie de mousses toutes douces, au bord d'une rivière. Ici, Pochée recommence une nouvelle vie.

Pochée est une demoiselle un peu incongrue, forte de son caractère un peu carré et de sa grande sensibilité. Elle aime se donner des ordres à travers les lettres de Pouce, en contredisant sa propre autorité. Elle a besoin que Pouce donne un sens à sa vie, sans vouloir se l'avouer elle-même. Tout au long du chemin, des souvenirs lui revient en mémoire et déclenchent à la fois, tristesse et souffrance chez notre tortue. Quand elle était malade, Pouce lui faisait de la verveine. Pochée a toujours guéri sans verveine, sans compter que ce breuvage était de loin sa boisson préférée. Toutefois, le geste de Pouce était présent. Ses sentiments étaient présents. Maintenant, Pochée doit se débrouiller seule.
Et comme c'est un livre pour enfant, elle y arrive bien évidemment.

Ce que j'ai apprécié dans ce livre, c'est la simplicité des faits, la pureté de sentiments animant Pochée. Elle n'est pas vraiment forte, elle se donne la force grâce aux souvenirs de Pouce. jusqu'au bout, elle entretiendra une correspondance avec lui, pour que son souvenir ne s'éteigne jamais. Il est vrai que le thème de la mort est omniprésent dès le début et que ce sujet reste assez délicat à aborder, surtout dans le cadre d'une littérature destinée à un très jeune public. Le livre nous enseigne à savoir faire face à la tristesse et à continuer d'avancer malgré tout, car la vie suit son cours et ne s'arrête pas pour autant.

Voici la dernière lettre de Pochée à Pouce
Mon cher Pouce,
Je suis une tortue très gaie.
Peut-être que maintenant je ne pleurerai plus quand je penserai à toi, mais tu me manqueras toujours. Alors quand je serai vraiment triste, je ferai semblant de pleurer. Plus tard, j'espère que je t'oublierai un peu. Mais maintenant, j'espère que je ne t'oublierai jamais.
Signé: Pochée.

Parce qu'il faut se rendre compte de la valeur de ceux qui nous entourent quand ils sont présents et non pas quand ils ne sont plus là pour que l'on puisse leur dire.
Pochée reste un très beau conte, plein de douceur et de sentiments, avec de belles illustrations à l'encre de Chine tout au long du récit. Un joli livre pour les petits, mais également pour les plus grands. Dans tous les cas, le livre continue à me toucher, même après tant d'années. Bien que j'aborde son contenu à travers les yeux d'une adulte et non plus d'une enfant, Pochée continue à me surprendre et à me touche profondément.

Anecdote: Il m' a fallu environ 15min pour venir à bout de ce petit livre, je ne pensais pas qu'il était si court quand j'avais 9 ans! Paru une seule fois en 1997, c'est presque un miracle d'avoir retrouvé un exemplaire de ce conte.